ITW David Moitet

Date de l'actualité : 
13/04/2022
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David Moitet par Valérie Gire, de la médiathèque Alexandre Jardin à Asnières-sur-Seine (92).

VG : Tu écris en littérature adulte et de jeunesse. Quelles différences fais-tu ? Quelles difficultés rencontres-tu, s'il y en a ? Es-tu aussi libre en jeunesse ?

DM : Je dirais qu’il y a trois différences majeures : le degré de violence que l’on peut mettre dans le texte, la façon d’aborder les sujets liés au sexe, et la linéarité de l’histoire qui doit être plus simple à suivre pour la jeunesse.
En dehors de ces trois points, j’essaie de ne surtout pas trop simplifier mon écriture. L’idée est de ne pas prendre les ados pour des imbéciles.
En termes de liberté, en dehors des limites précisées ci-dessus, j’ai le sentiment d’avoir beaucoup plus de possibilités en jeunesse, car on peut plus facilement changer de genre qu’en littérature adulte, où les lecteurs ont plus de mal à sortir de leurs habitudes.

VG : As-tu un, voire des maitres en littérature ? Comment t’ont-ils influencé ?

DM : Les premiers romans que j’ai été incapable de lâcher avant de lire la page finale sont ceux de Stephen King. Je trouve que c’est un formidable conteur, capable de développer une histoire passionnante à partir de presque rien.
En littérature jeunesse, j’adore aussi Pierre Bottero, dont j’ai relu plusieurs fois les romans pour tenter de comprendre ce qui les rend si agréables à lire. Il avait cette capacité à rendre intéressante presque chaque page de ses livres, même les phases de transition a priori plus ennuyeuses.

VG : Le roman policier est ta spécialité et tu allies souvent ce genre avec le fantastique. Comment équilibres-tu ces deux éléments ? Est-ce toujours l'enquête qui guide ton récit ?

DM : Dans chacun de mes récits, j’essaie toujours de surprendre mes lecteurs. Je trouve qu’une trame policière est idéale pour capter leur attention et les entraîner dans mon univers. C’est pourquoi même dans mes romans fantastiques, science-fiction ou fantasy, il y a souvent une enquête.
Dans mes deux polars teintés de fantastique (Les mots Fantômes et Le Dossier Handle), j’ai essayé de ne pas trop mettre l’aspect fantastique en avant, car je trouve que cela donne encore plus de force à l’histoire. C’est un peu comme dans les films fantastiques : les meilleurs ne sont pas ceux où l’on croule sous les monstres, mais ceux où chaque petite touche apporte un peu plus de mystère, de suspens, et pourquoi pas quelques frissons. Le film « Signes » en est l’exemple parfait. Durant une grande partie du film, on ne sait presque rien des envahisseurs. La tension n’en est que plus grande lorsqu’ils apparaissent enfin…

VG : Peux-tu nous parler de ton dernier roman, La longue nuit ? Pourquoi avoir choisi des personnages anthropomorphes ?

DM : J’ai beaucoup aimé les BD Blacksad, Les 5 Terres, et le film Zootopie. J’imagine que c’est ce qui m’a influencé.
J’aime aussi beaucoup changer d’univers dans mes différents romans. Cela me permet d’inventer de nouveaux mondes, chose que j’adore… Dans la longue nuit, l’idée d’une séparation entre les herbivores et les carnivores par une muraille m’est venue tout de suite. J’avais aussi envie de suivre le parcours difficile d’une femme qui réussit à devenir la première enquêtrice du roi, emploi jusqu’alors exclusivement réservé aux hommes.

VG : Au côté du héros ou de l'héroïne, tes personnages secondaires sont toujours foisonnants, décalés. Je pense à Thomas dans Le dossier Handle, et ses acolytes, une mamie excentrique, un policier paralysé, ou dans Les mots fantômes, Elliot et Lilas, mais aussi les pensionnaires de la maison de repos. Comment construis-tu leurs profils psychologiques ? Les considères-tu comme des anti-héros ?

DM : Mes histoires traitent parfois de sujets difficiles, sombres, et ces personnages un peu atypiques apportent un peu de lumière au récit. J’aime me considérer, comme le disait Umberto Eco, comme un pessimiste joyeux. Je ne ferme pas les yeux face à la dure réalité, mais je crois en notre capacité à surmonter les épreuves grâce au courage, à l’inventivité, la bienveillance. Ces anti-héros en sont un bon exemple.

VG : Les événements qui secouent l'Europe auront-ils des répercussions dans ton travail d'auteur, tes prochaines publications ? Comment parler de l'impensable au jeune public, à tes lecteurs qui seront les adultes de demain ?

DM : Nous sommes forcément marqués par l’actualité, qui est parfois plus proche qu’on ne le croit. Mon éditeur russe, Vitali Ziusko, a envoyé une lettre à tous les auteurs qu’il publie, dans laquelle il prend position contre la guerre en Ukraine. J’ai d’ailleurs relayé cette lettre sur ma page Facebook. (Note de l’éditeur : cette interview a été menée le 16 mars 2022).
Je ne sais pas si je traiterai ce sujet dans un prochain livre, mais si c’est le cas, j’essaierai comme souvent de le faire par des moyens détournés, à travers une histoire qui transportera mes jeunes lecteurs tout en les invitant à réfléchir. Notre travail consiste à planter les graines qui permettront peut-être de créer demain un monde meilleur.

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